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LOS MAESTROS DE LA PRONUNCIACION

Publié le 17/12/2025

parFleury Herve ,
La saisie vocale comme outil pour dédramatiser la prononciation en classe d’espagnol
Marie-Anne Salaun, qui exerce au collège Henri Le Moal à Plozevet, nous explique sa démarche de travail sur la prononciation avec un hors ligne.
Dans les classes de collège, la prononciation en espagnol reste pour beaucoup d’élèves une source de gêne ou de crispation. L’utilisation de la saisie vocale sur des iPads en mode hors ligne devient alors un outil pertinent pour travailler les sons spécifiques de la langue et la mélodie, sans la peur d’être jugés. Elle permet aussi de se familiariser avec le son de sa propre voix dans la langue cible et de susciter une prise de conscience de l’importance des aspects phonologiques de l’espagnol ainsi que des écarts entre le français et l’espagnol, ou même d’ordre métalinguistique (« Pourquoi l’iPad n’a-t-il pas compris ? »). Par ailleurs, le dispositif fournit un retour immédiat et neutre qui rassure : ce n’est plus le professeur qui évalue la prononciation, mais l’outil lui-même. On dédramatise, on joue avec la langue en répétant ensemble les sons et mots « difficiles », en les exagérant, et on peut même rire des erreurs de reconnaissance vocale.
Dans le cadre de la préparation d’un projet eTwinning, les élèves de 3e devaient poster des présentations personnelles pour se faire connaître de leurs camarades espagnols. L’objectif était de les entraîner pour la production finale en améliorant la prononciation de certains sons propres à l’espagnol ainsi que leur intonation. Sous la forme d’un atelier autonome, les élèves devaient relever de mini-défis et accomplir des missions afin d’obtenir leur badge de « Maestros de la pronunciación ». Le fonctionnement reposait sur une organisation en binômes avec rôles tournants : un élève prononçait, l’autre observait la transcription sur l’iPad, puis on inversait. Ils s’auto-corrigeaient et se corrigeaient ensemble. Les activités alternaient entraînement des sons, dictée vocale coopérative, jeux d’intonation et mini-défis ludiques comme les trabalenguas, avant d’aboutir à une présentation enregistrée destinée aux correspondants eTwinning (enregistrée via le dictaphone de l’iPad). Le rôle du professeur-accompagnateur (puisqu’il n’est plus « évaluateur ») était de circuler pour apporter des corrections supplémentaires, modéliser, accompagner et valider les missions et les défis. Le travail en autonomie selon un plan de travail permettait aussi de différencier les activités : chaque élève avançait à son rythme et pouvait valider une mission en réalisant seulement une partie de celle-ci (par exemple : 8 à 10 mots correctement reconnus, 3 phrases correctes, ou 3 mots sur 5). Les élèves les plus avancés pouvaient, quant à eux, réaliser des défis optionnels, plus créatifs ou plus ludiques. À la fin, lorsque l’élève avait fait valider toutes les étapes par l’enseignant et envoyé son fichier enregistré via AirDrop, il obtenait son badge.
Les bénéfices sont nets : engagement massif, motivation accrue (renforcée ici par la remise symbolique du badge), progrès rapides, prise de conscience de certains mécanismes phonétiques et sentiment de réussite — notamment chez les plus fragiles. L’aspect ludique, allié au support technologique, motive fortement, et le feedback immédiat permet des progrès rapides et mesurables dans l’articulation des sons et l’intonation exclamative, même si le rôle du professeur reste crucial pour corriger et expliciter la nature de l’erreur phonétique (confusion rr/r, par exemple) ou rectifier la prosodie. L’élève devient acteur de sa prononciation : il se corrige en observant le résultat. Cela renforce la confiance à l’oral et la conscience du rôle de la voix dans la communication, ainsi que de l’importance de parler distinctement pour être compris.
Certains points restent néanmoins contraignants : les aspects techniques de l’iPad doivent être bien maîtrisés en amont (paramétrage de l’application Pages, choix de la langue, activation du micro). Il est préférable d’intégrer un temps de prise en main avant de se lancer dans les activités. De même, la compréhension des consignes techniques, numériques et pédagogiques doit être explicitée lors d’une démonstration collective initiale via vidéoprojecteur.
La reconnaissance vocale peut être approximative ou parfois capricieuse : l’iPad retranscrit uniquement ce qu’il comprend, ne corrige pas ou corrige ce qu’il « croit » comprendre. Des différences de précision peuvent apparaître selon les modèles d’iPad ou les voix des élèves. La ponctuation espagnole est elle aussi approximative : il faut l’ajouter « vocalement » en dictant « punto », « coma » ou « signo de exclamación/interrogación », même si la machine identifie parfois une question et ajoute automatiquement un point d’interrogation final (mais pas d’exclamation). Cela permet aussi un travail sur l’adaptation et la variation de l’intonation. Autre point négatif : les signes d’interrogation et d’exclamation inversés en début de phrase sont absents sur les modèles d’iPad utilisés.
La gestion du bruit demande également une vigilance constante. On peut anticiper en utilisant un fond d’écran interactif avec des visuels (modalités, feu tricolore indiquant le niveau sonore) ou d’autres outils visuels de gestion du bruit (comme Bouncy Balls) pour permettre aux élèves de s’autoréguler. Une fois l’outil pris en main, on peut faire travailler les élèves en petits groupes alternés ou par zones de la classe afin de limiter le bruit, mais aussi la dispersion ou les échanges en français.
Un cadre bienveillant doit être instauré dès le début (constitution de binômes « bienveillants », valorisation des réussites, des progrès et des attitudes coopératives). La mise en œuvre de stratégies de médiation linguistique et relationnelle (dictée coopérative, reformulation, explications) et d’écoute mutuelle permet d’encourager la coopération et la correction entre pairs. Par exemple, l’élève plus avancé reformule un message oral pour le rendre plus compréhensible.
Néanmoins, on ne peut que constater l’efficacité de ce dispositif. Des prolongements intéressants s’ouvrent vers un parcours phonétique à développer sur l’année, une intégration dans les projets interdisciplinaires et une valorisation des productions dans un espace numérique. L’outil peut également servir de préparation à l’oral du DNB : les élèves s’entraînent à se faire comprendre et à corriger leurs erreurs.

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