Lorsque
nous avons cherché
un sujet à développer afin de participer à ce challenge, nous
nous sommes souvenues
du
film Big Eyes
de Tim Burton. Ce
film raconte
l’histoire de Margaret
Keane, une peintre américaine des années 50 qui a été volée
par son propre mari. Cette femme peignait des portraits
reconnaissables par leurs gros yeux. Son mari Walter Keane vendait
les toiles de sa femme en se faisant passer pour l’auteur de celles
ci, il est allé jusqu’à séquestrer Margaret
dans son atelier afin qu’elle peigne plus de toiles.
Le
souvenir de ce film illustre
à nos yeux cette invisibilisation des femmes peintres à travers
l’histoire,
ce
qui nous a donné l’envie de nous intéresser
plus
particulièrement aux
peintres bretonnes.
Pour
ce faire, nous
avons
exploré le
site du Musée
des Beaux
Arts
à Rennes. Par
exemple, dans
le
parcours permanent « art ancien », pour
la période du XVII ème siècle, nous
avons constaté que
seules des œuvres d’arts réalisées
par des hommes étaient exposées.
Nous
nous sommes interrogées sur la raison de l’absence d’oeuvres de
femmes dans ces expositions.
N’y
avait-il aucune femme peintre à cette époque ? C’est peu
probable. Ont-elles été tout simplement oubliées ou à l’image
de Margaret Keane, volées?
Grâce
à
nos premières
recherches, nous
pouvons
déjà citer :
-
Jeanne Malivel, née à Loudéac en
1895,
elle reste en Bretagne toute sa vie, elle est
peintre, illustratrice, graveuse et même enseignante aux Beaux Arts
de Rennes. Elle
est à l’origine du mouvement Seiz Breur avec René-Yves et Suzanne
Creston, un mouvement artistique précurseur de l’art celto-breton.
Elle a notamment réalisé un série de
74 bois gravés illustrant l’histoire de la Bretagne. Elle meurt à
Rennes
en 1926.
-
Mary Piriou, née à Morlaix en 1881, elle est peintre et graveuse.
Beaucoup de ses tableaux
sont inspirés des paysages Bretons. Elle devient professeure
en ouvrant un cours de dessin à Brest et 49 de ses œuvres vendues aux
enchères dont « Falaises de Porz-Léon »
en 2023.
-
Emma Herland, née à Cherbourg, elle découvre la Bretagne lors de
la mutation de son père à Brest. C’est une peintre de genre, ses
œuvres sont centrées sur la vie des femmes et des enfants en
Bretagne.
Mais
après avoir découvert ces peintres, nous
nous
sommes
demandées
quelles traces nous avaient-elles
laissées.
Nous
avons réalisé une sitographie regroupant cinq références coup de
coeur :
Parmi
ces sources, seules trois d’entre elles : le musée des Beaux-Arts,
le musée du Faouët et celui du Pont-Aven, fournissent des informations
sur les femmes peintres bretonnes. Cependant, ces données restent
bien moins nombreuses que celles consacrées aux hommes, mettant
ainsi en évidence ces derniers.
Quant
à la BNF et Universalis, elles ne répertorient exclusivement que
des peintres bretons masculins, ce qui soulève notre question :
pourquoi
cette absence de femmes ?
Historiquement,
les femmes peintres ont rencontré de nombreux obstacles : un accès
restreint à la formation artistique, la crainte des préjugés et,
dans certains cas, le vol de leur travail par des hommes.
Bien que leur reconnaissance progresse, elles restent peu mises en avant, reflétant une histoire de l'art encore insuffisante et déséquilibrée
Sources :
Nous avons voulu commencer par chercher les femmes peintres en Bretagne. Pour cela, nous avons mis les filtres suivants : artistes peintres, féminin, Bretagne, date de naissance. Nous avons donc obtenu les résultats attendus.
Par la suite nous avons voulu trouver le nombre d'œuvres de ces peintres femmes mais cette fois-ci, cela n'a pas vraiment fonctionné. Il y avait affiché les oeuvres des peintres mais pas le nombre. Une question nous est donc venue en tête : Pourquoi n'y a- t-il pas le nombre d'oeuvres des femmes sur wikidata ?
Deux hypothèses sont possibles : soit les contributeurs Wikidata ont privilégié les hommes, soit ils ne possèdent ces informations pour personnes.
Nous avons alors décidé de modifier le programme, en ajoutant le nombre de tableaux par peintres et avons ainsi fini par obtenir le résultat voulu.
Pour répondre à notre question nous avons repris cette requête mais avec les peintres masculins puis nous avons pu confirmer notre deuxième hypothèse c'est à dire cette information n'est donnée par personne : il faut donc faire le chemin inverse et partir des oeuvres pour trouver les artistes.
Nous avons donc remarqué qu'il y a des peintres qui possèdent de nombreuses oeuvres mais qui ne sont pas connus à l'inverse des peintres avec peu d 'oeuvres mais qui sont plus connus.
Ensuite nous avons complété la requête SPARQL en ajoutant les coordonnées géographiques des peintres pour obtenir une carte. Nous avons remarqué que les notices des peintres bretonnes sont bien informées de 1810 à 1930 et que après 1930 il n'y a plus de peintures bretonnes représentées.
Nous avons donc pu en conclure que les contributions sur wikidata sont très largement dépendantes du droit d'auteur : les informations et images sur les femmes peintres tirées des ouvrages publiés avant 1930 - disponibles sur le site Gallica de la BnF - sont abondantes, alors qu'elles sont beaucoup plus rares pour les artistes contemporaines dont les biographies sont encore soumises au droit d'auteur.
Après toutes ces étapes nous avons conclu que certaines injustices étaient encore présentes notamment le manque d'informations (nombre d'oeuvres, données non complètes) sur Wikidata mais aussi sur internet.
Concernant les peintresses oubliées comme par exemple Marguerite Raffray qui était une peintre paysagiste en duo avec son partenaire professionnel André Wilder.
Malgré les 36 ans d'écart qui les séparaient, ils ont réalisé ensemble plus d'une centaine d'oeuvres, chacune portant une sensibilité révélant ainsi leur vision des phénomènes climatiques à travers leurs différentes méthodes de travail.
André Wilder avait un côté plus brut tandis que Marguerite rajoutait son côté sentimental et doux dans ses oeuvres.
À l'aide de nos sources, fiables, nous avons donc décidé de créer la page wikidata de Marguerite avec les informations qu'on détenait sur elle. Toute personne ayant des informations fiables est légitime d'ajouter des éléments s'il le souhaite.
André Wilder avait déjà une page Wikidata ce qui accentue alors l'invisibilité des femmes d'aujourd'hui.